Une famille de Saintes Contact

Pierre Colardeau (ou « Collardeau », patronyme dérivé de Nicolas) naquit et fut baptisé le 14 avril 1769 à Saintes, dans la paroisse Saint-Vivien.
Ancienne cité gallo-romaine, Saintes était alors un centre religieux et la capitale de la Saintonge. Marquée par les guerres de religion au 16e siècle, elle s’embellit au 18e siècle grâce à un nouveau plan d’urbanisme et une politique de grands travaux. De grandes artères rectilignes y furent percées, des hôtels particuliers bâtis. En 1790, la ville – d’environ 8400 habitants - devint chef-lieu du département de la Charente Inférieure, et le resta jusqu'en 1810.
A 60 km au nord ouest, la Rochelle s’adonnait au trafic colonial. A mi-chemin, Rochefort se développait autour de l’arsenal et du port militaire créés par Colbert en 1666.

Pierre eut pour parrain Pierre Doizil, et pour marraine, Marie Massé. Sa mère s’appelait Marie Fouquet. Son père, Pierre Lazare, fut « instituteur de la jeunesse », un métier souvent exercé par des jeunes appauvris ou au ban de leur famille. Est-ce lui qui apprit à Pierre à si bien écrire, à en juger par les lettres parvenues jusqu’à nous ?
Ce terme « d’instituteur » semble n'avoir été employé que dans la seconde moitié du 18e et ne se généralisa qu’après 1789 . Les maîtres, ou « régents », se distinguaient des 63% des Français, qui entre 1786 et 1790, étaient analphabètes, incapables même de signer, précise Michel Froeschlé dans L’école au village . Pourtant, eux-mêmes étaient peu instruits et « leur discipline était dure et parfois brutale » informe le site Le temps des instituteurs . La gamme des punitions corporelles allait de la mise à genoux au renvoi, en passant par le bonnet d’âne, les coups et la séquestration avec privation de nourriture. « Avant d’enseigner, ils avaient souvent exercé d’autres professions : notaire, charron, sacristain, bouché, laboureur, sergent civil, parfois d’anciens soldats du roi ». Dans les campagnes, ils vivaient misérablement et « leur situation précaire, dépendante et peu stable, n’était ni recherchée ni honorée. » En ville, « le réseau d’écoles primaires (était) plus dense (avec) quelques manécanteries datant du Moyen Age ; des maîtres écrivains indépendants organisés en corporation ; enfin et surtout les petites écoles, créées en général par les municipalités, ainsi que les écoles de charité, fondées à l’initiative des milieux dévots depuis la seconde moitié du 17e siècle et destinées aux enfants pauvres. » Enfin, les mœurs et la « doctrine » des maîtres devaient être agréés par le curé de la paroisse car l’enseignement primaire était le moyen pour l'église de conduire les fidèles au salut explique Froeschlé.

« Collardeau » était un patronyme courant dans la région. Sous la plume de Bernard Palissy, créateur des émaux à la française et chroniqueur huguenot engagé (1546-1557) à Saintes, apparaît « un Collardeau, procureur fiscal, homme pervers et de mauvaise vie » pourchasseur acharné de Luthériens pour « le gain, et non pour le zèle de la religion. » En 1628 un Colardeau écrivit un poème sur la prise de la Rochelle ( !) et en 1633, sœur Marthe de la Transfiguration Colardeau fit sa profession dans le monastère de Sainte-Claire de Saintes .

Dans la table des baptêmes et des sépultures de Saintes , la paroisse St-Eutrope - du nom de l’évangélisateur de la Saintonge - est celle où apparaît le plus de Collardeau . La première mention est celle de la naissance de « Marie Colardeau » en 1681. L’avant-dernière, celle de « Lazare Collardeau », le 17 juillet 1724, parmi de nombreux baptêmes suivis rapidement de décès. Comme si plusieurs de ses frères et sœurs, ou cousins et cousines, étaient morts très jeunes. Lazare lui-même naquit quelques jours après le décès d'Étienne Collardeau, 2 ans. Son grand frère ? La proximité de la mort et de la naissance des deux garçons induit-elle ce prénom de « Lazare », l’ami de Jésus relevé des morts ? En tous cas, faute d’autre piste, je présume que c’est ce même Lazare qui devint tardivement, à l’âge de 45 ans, le père de Pierre.
Après Lazare, une dernière « Collardeau » fut baptisée à Saint-Eutrope, en août 1727. Puis ce patronyme apparaît dans la paroisse de Saint-Vivien, à l'occasion de décès de personnes qui, là encore, pourraient être des frères et sœurs de Lazare. Sa famille semble donc avoir déménagé alors qu'il avait entre 1 et 3 ans. Un frère peut-être, Pierre, né en 1712, vécut jusqu’à 44 ans. Le temps de jouer un rôle important auprès de Lazare, qui donna plus tard ce prénom à son fils ? « Colardeau » disparaît longtemps des registres, jusqu'au baptême de « notre » Pierre, en avril 1769, paroisse Saint-Vivien. Comme si la famille avait disparu. Aucune trace du mariage de Lazare ou de naissances : soit Pierre fut leur unique enfant ; soit les autres ne naquirent pas à Saintes ; soit les registres sont incomplets.
Ces données, recoupées avec ce que l'on sait des conditions d'exercice du métier d'instituteur, permettent d'imaginer que Lazare quitta Saintes dans sa jeunesse pour une carrière... de soldat ? De marin ? Suppositions. Puis qu'il se maria sur le tard et revint à Saintes. Et que, vieilli, sans fortune, il se replia sur une activité physiquement peu prenante : instituteur.

D’autres Colardeau vivaient au 18e dans les environs de Saintes : notamment à Saint-Savinien, à Saint-Maigrin... et à Arces, dont l’économie reposait sur « les céréales, la vigne, quelques marais salants en bordure de la Gironde et des bois » . Parmi eux, plusieurs marchands, de blé notamment. En 1710 « Daniel Collardeau, ancien capitaine d’infanterie », fut parrain d’un enfant. En 1746, le fils du marchand Jean-Amant Colardeau, Jean-Jacques, fut « présenté » au baptême par Jacques Thomas, capitaine de navire. Un « Jacques Thomas » - le même ? - était en 1684 capitaine du Saint-Jean-Baptiste qui transportait des engagés pour les Antilles, depuis la Rochelle . L'affinité de destin entre ces Colardeau maritimes, guerriers, marchands et Pierre m'interpelle. Étaient-ils parents ?